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Draussin |
Draussin Joyard Viennois Komotzki Cesaretti Voilley Durand Baviera Galassi Roman Bron |
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Joyard |
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| Rêve J’ai acheté un coq vivant pour le manger.Je le garde avec moi plusieurs jours, puis commence à lui arracher quelques plumes. Il ne proteste pas. Je réalise alors que je ne pourrai le tuer moi-même et retourne pour le faire abattre à l’endroit où je l’ai acheté. Quartier ancien, populaire, ruelles sombres et encaissées comme celles du vieux Nice. J’entre dans un couloir étroit et tourne à ma droite dans une vaste pièce, sans fenêtre, éclairée au néon. Il y a de la sciure par terre. Une caisse dans le milieu, derrière laquelle des gens attendent, plusieurs tenant en laisse des moutons à peine sortis de la pâture car leur laine estsale et emmêlée. Des bouchers procèdent aux abattages à mesure que la clientèle approche. C’est pour eux aussi simple que de débiter de la viande sur un étal ordinaire.Quand mon tour arrive, le coq est égorgé et promptement plumé, vidé, pesé, paré.Je suis le dernier client. Les bouchers quittent les lieux après s’être mis en tenue de ville et nous avoir salués. J’écris nous, car il teste le garçon de caisse et sa petite amie en pleine discussion. Elle lui reproche de lui avoir fait des promesses de toutes sortes, pour la conquérir, et de ne pas les avoir tenues. La situation me place en interlocuteur. Je plaide pour le garçon, disant qu’un homme amoureux n’a pas le choix des moyens mais tous les droits. Je m’entends prononcer dans ce sens quelques phrases de marbre que je n’ai pas retenues. De nouveau dans la rue, tenant mon paquet alors que la nuit est tombée, je traverse un vaste carrefour avec ronds-points et feux fouges. Une voix m’interpelle rudement, une voix comme une voix de cinéma, très nette dans le brouhaha de la circulation. On me lance : « Alors ?... et les godasses ? ». Je me sens tout à coup dénudé et honteux. Je réalise que je suis en chaussettes. Celui qui m’a apostrophé est Jean Gabin. Il est au volant d’un bus à l’arrêt. Comme sa voix, son image seule est précise dans la scène : un Gabin prolétaire, dans la force de l’âge qui, sa journée finie, conduit son bus vide au dépôt. Tandis qu’il redémarre, tirant sur son volant et tourné vers moi, il continue de s’indigner. Michel Joyard, 28 Août 2005 |
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